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Le Grand Meaulnes (B1)

The Lost Estate in easy French

Alain-Fournier

B1French70,074 words

Read The Lost Estate (Le Grand Meaulnes) by Alain-Fournier in easy French: a free CEFR B1 graded reader to download as an EPUB. In a village school in the Sologne, the shy François Seurel watches the tall new boy Augustin Meaulnes arrive and change everything. Lost on a winter road, Meaulnes stumbles into a mysterious estate where a strange wedding party is under way, and meets the beautiful Yvonne de Galais. Back at school, he cannot find the way there again. A complete novel of friendship, first love and lost youth, in simpler French, with a short glossary after each chapter.

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I. Le pensionnaire

Première partie

Il est arrivé chez nous un dimanche de novembre 189…

Je dis toujours « chez nous », mais la maison n'est plus à nous. Nous avons quitté le pays il y a bientôt quinze ans. Et nous n'y reviendrons certainement jamais.

Nous habitions les bâtiments du Cours Supérieur de Sainte-Agathe. Mon père, que j'appelais M. Seurel comme les autres élèves, y dirigeait deux classes. Il y avait le Cours supérieur, où l'on préparait le brevet d'instituteur, et le Cours moyen. Ma mère faisait la petite classe.

C'était une longue maison rouge, avec cinq portes vitrées, sous de la vigne vierge, au bout du village. Il y avait une cour immense, avec des préaux et une buanderie. Devant, cette cour s'ouvrait sur le village par un grand portail. Sur le côté nord, une petite grille donnait sur la route. Cette route menait vers La Gare, à trois kilomètres. Au sud et derrière la maison, des champs, des jardins et des prés allaient jusqu'aux dernières maisons du village… Voilà, en quelques mots, le plan de cette maison. C'est là que j'ai passé les jours les plus agités et les plus chers de ma vie. C'est de là que nos aventures sont parties. Et c'est là qu'elles sont revenues se briser, comme des vagues sur un rocher désert.

Le hasard des « changements » de poste, une décision d'un inspecteur ou d'un préfet, nous avait amenés là. Vers la fin des vacances, il y a bien longtemps, une voiture de paysan nous avait déposés, ma mère et moi, devant la petite grille rouillée. Cette voiture arrivait avant nos meubles. Des gamins qui volaient des pêches dans le jardin s'étaient enfuis sans bruit par les trous de la haie… Ma mère, que nous appelions Millie, était la maîtresse de maison la plus méthodique que j'aie jamais connue. Elle était entrée tout de suite dans les pièces pleines de paille poussiéreuse. Et tout de suite, comme à chaque « déplacement », elle avait vu avec désespoir que nos meubles ne tiendraient jamais dans une maison si mal construite… Elle était sortie pour me dire sa peine. En me parlant, elle avait essuyé doucement avec son mouchoir mon visage d'enfant, tout noir à cause du voyage. Puis elle était rentrée pour compter toutes les ouvertures qu'il faudrait boucher. C'était le seul moyen de rendre la maison habitable… Moi, avec un grand chapeau de paille à rubans sur la tête, j'étais resté là, sur le gravier de cette cour inconnue. J'attendais, et je fouillais un peu partout autour du puits et sous le hangar.

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C'est ainsi, du moins, que j'imagine aujourd'hui notre arrivée. Je veux retrouver le lointain souvenir de cette première soirée d'attente, dans notre cour de Sainte-Agathe. Mais dès que j'essaie, ce sont déjà d'autres attentes qui me reviennent. Déjà, je me vois les deux mains appuyées aux barreaux du portail. Je guette avec inquiétude quelqu'un qui va descendre la grand'rue. J'essaie aussi d'imaginer ma première nuit dans ma mansarde, au milieu des greniers du premier étage. Mais déjà, ce sont d'autres nuits qui me reviennent. Je ne suis plus seul dans cette chambre. Une grande ombre inquiète et amie passe le long des murs et se promène. Je pense à tout ce paysage tranquille. Il y a l'école et le champ du père Martin, avec ses trois noyers. Il y a le jardin où, chaque jour dès quatre heures, arrivaient des femmes en visite… Dans ma mémoire, tout cela est pour toujours agité et transformé. C'est à cause de celui qui a bouleversé toute notre adolescence. Même sa fuite ne nous a pas laissé de repos.

Nous étions pourtant depuis dix ans dans ce pays quand Meaulnes est arrivé.

J'avais quinze ans. C'était un dimanche froid de novembre, le premier jour d'automne qui faisait penser à l'hiver. Toute la journée, Millie avait attendu une voiture de La Gare. Cette voiture devait lui apporter un chapeau pour la mauvaise saison. Le matin, elle avait manqué la messe. Jusqu'au sermon, j'étais assis dans le chœur avec les autres enfants. Je regardais avec inquiétude du côté des cloches, pour la voir entrer avec son chapeau neuf.

L'après-midi, j'ai dû partir seul aux vêpres.

Pour me consoler, Millie brossait de la main mon costume d'enfant. Elle m'a dit :

« D'ailleurs, même s'il était arrivé, ce chapeau, j'aurais sans doute dû passer mon dimanche à le refaire. »

Souvent, nos dimanches d'hiver se passaient ainsi. Dès le matin, mon père partait loin, au bord d'un étang couvert de brume. Il pêchait le brochet dans une barque. Ma mère restait enfermée jusqu'à la nuit dans sa chambre sombre. Elle réparait de pauvres vêtements. Elle s'enfermait ainsi parce qu'elle avait peur d'une visite. Une dame de ses amies, aussi pauvre qu'elle mais aussi fière, pouvait venir la surprendre. Et moi, après les vêpres, je lisais dans la salle à manger froide. J'attendais qu'elle ouvre la porte pour me montrer comment ça lui allait.

Ce dimanche-là, il y avait un peu d'animation devant l'église, et je suis resté dehors après les vêpres. Sous le porche, un baptême avait attiré un groupe de gamins. Sur la place, plusieurs hommes du village avaient mis leurs vestes de pompiers. Ils avaient posé leurs fusils debout, les uns contre les autres. Ils avaient froid et tapaient des pieds sur le sol. Ils écoutaient Boujardon, le brigadier, qui s'embrouillait en expliquant l'exercice…

Soudain, les cloches du baptême se sont arrêtées. On aurait dit une sonnerie de fête qui s'était trompée de jour et d'endroit. Boujardon et ses hommes, le fusil sur le dos, ont emmené la pompe au petit trot. Je les ai vus disparaître au premier tournant. Quatre gamins silencieux les suivaient. Leurs grosses semelles écrasaient les petites branches sur la route couverte de givre. Moi, je n'osais pas les suivre.

Alors, dans le village, il n'y a plus eu de vivant que le café Daniel. De là, j'entendais monter, puis se calmer, les discussions des buveurs. J'ai longé le mur bas de la grande cour, qui séparait notre maison du village. J'étais un peu inquiet d'être en retard. Je suis arrivé ainsi à la petite grille.

Words explained in this excerpt (2)
la vigne vierge
plante qui grimpe sur les murs, avec des feuilles rouges en automne.
les vêpres
prière à l'église, le dimanche après-midi.

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