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Le Horla (B1)

The Horla in easy French

Guy de Maupassant

B1French45,066 words

Read The Horla (Le Horla) by Guy de Maupassant in easy French: a free CEFR B1 graded reader to download as an EPUB. In his house by the Seine, a man keeps a diary of something invisible that drinks his water at night, reads his books and slowly takes over his will. The famous story comes with the thirteen other tales of Maupassant's 1887 collection: a fishing quarrel that ends in court, a hunter's love story, a Twelfth Night supper in a village emptied by war, a dying peasant woman and the Devil, a winter alone in a mountain inn, a hungry vagrant on the roads, and more. Complete and uncensored, in simpler French, with a short glossary after each story.

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Le Horla

8 mai. — Quelle journée admirable ! J'ai passé toute la matinée couché sur l'herbe, devant ma maison, sous l'énorme platane. Cet arbre couvre toute la maison, il l'abrite et lui donne de l'ombre. J'aime ce pays, et j'aime y vivre, parce que j'y ai mes racines. Ce sont des racines profondes et délicates. Elles attachent un homme à la terre où ses ancêtres sont nés et morts. Elles l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux habitudes comme aux plats du pays. Elles l'attachent aux expressions du pays et à l'accent des paysans. Elles l'attachent aux odeurs de la terre, des villages et de l'air lui-même.

J'aime ma maison, où j'ai grandi. De mes fenêtres, je vois couler la Seine. Elle passe le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi. C'est la grande et large Seine, qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.

À gauche, là-bas, il y a Rouen, la grande ville aux toits bleus. Au-dessus des toits se dresse tout un peuple de clochers gothiques et pointus. Ils sont innombrables, fins ou larges. La flèche de fonte de la cathédrale les domine tous. Ils sont pleins de cloches qui sonnent dans l'air bleu des belles matinées. Leur doux bruit de fer arrive jusqu'à moi, de très loin. La brise m'apporte leur chant de métal, tantôt plus fort, tantôt plus faible, selon qu'elle se réveille ou s'endort.

Comme il faisait bon ce matin !

Vers onze heures, un long convoi de navires est passé devant ma grille. Un remorqueur, gros comme une mouche, les tirait. Il râlait de fatigue et vomissait une fumée épaisse.

Après deux goélettes anglaises, dont le drapeau rouge flottait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien. Il était tout blanc, admirablement propre et brillant. Je l'ai salué, je ne sais pas pourquoi. Ce navire me faisait tant plaisir à voir !

12 mai. — J'ai un peu de fièvre depuis quelques jours. Je me sens malade, ou plutôt je me sens triste.

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D'où viennent ces influences mystérieuses qui changent notre bonheur en découragement, et notre confiance en détresse ? On dirait que l'air, l'air invisible, est plein de Puissances qu'on ne peut pas connaître. Nous sentons autour de nous leur présence mystérieuse. Je me réveille plein de gaieté, avec envie de chanter. — Pourquoi ? — Je descends au bord de l'eau. Et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé, comme si un malheur m'attendait chez moi. — Pourquoi ? — Est-ce un frisson de froid ? Il a peut-être touché ma peau, secoué mes nerfs et rendu mon âme sombre. Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour ? Est-ce la couleur des choses, qui change si souvent ? Elle passe par mes yeux, et elle trouble peut-être ma pensée. Qui sait ? Il y a tout ce qui nous entoure. Il y a tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce qui passe tout près de nous sans que nous le connaissions. Il y a tout ce que nous touchons sans le sentir vraiment, tout ce que nous rencontrons sans le remarquer. Tout cela a sur nous des effets rapides, surprenants et inexplicables. Ces effets agissent sur nos organes, et par eux sur nos idées et sur notre cœur lui-même. N'est-ce pas ?

Comme il est profond, ce mystère de l'Invisible ! Nous ne pouvons pas l'explorer avec nos pauvres sens. Nos yeux ne savent pas voir le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni le trop loin. Ils ne voient ni les habitants d'une étoile, ni les habitants d'une goutte d'eau... Nos oreilles nous trompent, car elles changent les vibrations de l'air en notes et en sons. Ce sont des fées : elles font le miracle de changer ce mouvement en bruit. Par cette transformation, elles donnent naissance à la musique. Et la musique fait chanter le mouvement muet de la nature... Notre odorat est plus faible que celui du chien... Et notre goût peut à peine reconnaître l'âge d'un vin !

Ah ! si nous avions d'autres organes, ils feraient pour nous d'autres miracles. Que de choses nous pourrions encore découvrir autour de nous !

16 mai. — Je suis malade, c'est sûr ! J'allais si bien le mois dernier ! J'ai de la fièvre, une fièvre atroce, ou plutôt une agitation des nerfs, pleine de fièvre. Mon âme en souffre autant que mon corps. J'ai sans cesse cette sensation affreuse d'un danger qui me menace. J'ai peur d'un malheur qui vient, ou de la mort qui approche. Ce pressentiment est sans doute le début d'une maladie encore inconnue. Elle pousse déjà dans mon sang et dans ma chair.

18 mai. — Je viens d'aller voir mon médecin, car je ne pouvais plus dormir. Il m'a trouvé le pouls rapide, l'œil dilaté, les nerfs vibrants, mais aucun signe grave. Je dois prendre des douches et boire du bromure de potassium.

25 mai. — Aucun changement ! Mon état est vraiment bizarre. Quand le soir approche, une inquiétude incompréhensible m'envahit. C'est comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j'essaie de lire. Mais je ne comprends pas les mots ; je vois à peine les lettres. Alors je marche dans mon salon, de long en large. Une peur confuse et irrésistible pèse sur moi : la peur du sommeil et la peur du lit.

Vers dix heures, je monte dans ma chambre. À peine entré, je donne deux tours de clef et je pousse les verrous. J'ai peur... de quoi ?... Je n'avais peur de rien jusqu'ici... J'ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit. J'écoute... j'écoute... quoi ?... C'est étrange : un simple malaise peut faire du plus joyeux des hommes un homme triste. Il peut faire du plus courageux un homme qui a peur de tout. Il suffit peut-être d'un trouble de la circulation, d'un nerf irrité, d'un peu de congestion. Il suffit d'une toute petite panne dans notre machine vivante, si imparfaite et si délicate. Puis je me couche, et j'attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l'attends avec la terreur de sa venue. Mon cœur bat, mes jambes tremblent. Tout mon corps frissonne dans la chaleur des draps. Puis, tout à coup, je tombe dans le repos, comme on tomberait dans un gouffre d'eau immobile, pour s'y noyer. Je ne le sens plus venir, comme autrefois, ce sommeil traître. Il est caché près de moi, il me guette. Il va me saisir par la tête, me fermer les yeux, me détruire.

Words explained in this excerpt (2)
les verrous
petites barres de métal pour fermer une porte de l'intérieur.
le bourreau
homme chargé de tuer les condamnés à mort.

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