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Trois contes (B1)

Three Tales in easy French

Gustave Flaubert

B1French33,698 words

Read Three Tales (Trois contes) by Gustave Flaubert in easy French: a free CEFR B1 graded reader to download as an EPUB. Flaubert's last finished book, complete and uncensored, in simpler French. In A Simple Heart, the servant Félicité gives a whole life of love to her mistress's family, a nephew at sea and at last a parrot called Loulou. The Legend of Saint Julian the Hospitaller follows a young lord whose love of hunting leads to a terrible prophecy and a long penance. Herodias tells of one day in the fortress of Machaerus, a feast, a dance and the head of John the Baptist. Each part ends with a short glossary.

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Un cœur simple – I

Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque ont envié à Mme Aubain sa servante Félicité.

Pour cent francs par an, elle faisait la cuisine et le ménage. Elle cousait, lavait et repassait. Elle savait aussi brider un cheval, engraisser les volailles et battre le beurre. Et elle est restée fidèle à sa maîtresse, qui pourtant n'était pas une personne agréable.

Mme Aubain avait épousé un beau garçon sans fortune. Il est mort au commencement de 1809. Il lui a laissé deux enfants très jeunes et une grande quantité de dettes. Alors elle a vendu ses biens, sauf la ferme de Toucques et la ferme de Geffosses. Ces deux fermes lui rapportaient 8 000 francs de rente, tout au plus. Elle a quitté sa maison de Saint-Melaine pour en habiter une autre, moins chère. Cette maison avait appartenu à ses ancêtres. Elle se trouvait derrière les halles.

La maison était couverte d'ardoises. Elle se trouvait entre un passage et une petite rue qui allait jusqu'à la rivière. À l'intérieur, les sols n'étaient pas tous au même niveau, et on risquait de tomber. Un couloir étroit séparait la cuisine de la salle. Mme Aubain restait là toute la journée, assise près de la fenêtre dans un fauteuil de paille. Contre les boiseries peintes en blanc, huit chaises d'acajou étaient alignées. Sur un vieux piano, sous un baromètre, il y avait un tas de boîtes et de cartons en forme de pyramide. Deux bergères de tapisserie se trouvaient de chaque côté de la cheminée. Elle était en marbre jaune, de style Louis XV. Au milieu, la pendule représentait un temple de Vesta. Et toute la pièce sentait un peu le moisi, parce que le plancher était plus bas que le jardin.

Au premier étage, il y avait d'abord la chambre de « Madame ». Elle était très grande, avec un papier à fleurs pâles sur les murs. On y voyait le portrait de « Monsieur », habillé en muscadin. Cette chambre donnait sur une chambre plus petite, où il y avait deux lits d'enfants, sans matelas. Puis venait le salon, toujours fermé, plein de meubles couverts d'un drap. Ensuite, un couloir menait à un cabinet de travail. Les étagères d'une bibliothèque étaient pleines de livres et de vieux papiers. Cette bibliothèque entourait de ses trois côtés un large bureau de bois noir. Les deux autres panneaux étaient cachés sous des dessins à la plume, des paysages à la gouache et des gravures d'Audran. C'étaient les souvenirs d'un temps meilleur et d'un luxe disparu. Au second étage, une lucarne éclairait la chambre de Félicité. Elle avait vue sur les prairies.

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Félicité se levait dès l'aube, pour ne pas manquer la messe. Elle travaillait jusqu'au soir sans s'arrêter. Puis, quand le dîner était fini, la vaisselle rangée et la porte bien fermée, elle enterrait la bûche sous les cendres. Ensuite elle s'endormait devant le feu, son rosaire à la main. Quand il fallait discuter un prix, personne n'était plus têtu qu'elle. Et pour la propreté, ses casseroles brillaient tellement que les autres servantes en étaient désespérées. Elle était économe. Elle mangeait lentement et ramassait du doigt, sur la table, les miettes de son pain. C'était un pain de douze livres, cuit exprès pour elle, et il durait vingt jours.

En toute saison, elle portait un mouchoir d'indienne, fixé dans le dos par une épingle. Un bonnet lui cachait les cheveux. Elle avait des bas gris et un jupon rouge. Par-dessus sa camisole, elle mettait un tablier à bavette, comme les infirmières d'hôpital.

Son visage était maigre et sa voix aiguë. À vingt-cinq ans, on lui en donnait quarante. À partir de la cinquantaine, elle n'a plus eu d'âge. Toujours silencieuse, le dos droit et les gestes mesurés, elle ressemblait à une femme en bois, qui fonctionnait comme une machine.

Un cœur simple – II

Elle avait eu, comme une autre, son histoire d'amour.

Son père, un maçon, s'était tué en tombant d'un échafaudage. Puis sa mère est morte, et ses sœurs sont parties chacune de leur côté. Un fermier l'a prise chez lui. Toute petite, elle devait garder les vaches dans la campagne. Elle tremblait de froid sous ses vêtements déchirés. Pour boire l'eau des mares, elle se couchait sur le ventre. On la battait pour rien. Finalement, on l'a chassée pour un vol de trente sols, qu'elle n'avait pas commis. Elle est entrée dans une autre ferme, et elle y est devenue fille de basse-cour. Les patrons l'aimaient bien, alors les autres domestiques étaient jaloux d'elle.

Un soir du mois d'août, quand elle avait dix-huit ans, ils l'ont emmenée à l'assemblée de Colleville. Tout de suite, la tête lui a tourné, et elle était très étonnée. Il y avait le grand bruit des musiciens, les lumières dans les arbres, les costumes de toutes les couleurs, les dentelles, les croix d'or. Et toute cette foule sautait en même temps ! Elle restait à l'écart, modestement. Alors un jeune homme est venu l'inviter à danser. Il avait l'air riche. Il fumait sa pipe, les deux coudes sur le timon d'une charrette. Il lui a payé du cidre, du café, de la galette et un foulard. Il pensait qu'elle comprenait ce qu'il voulait, et il a proposé de la ramener chez elle. Au bord d'un champ d'avoine, il l'a renversée brutalement par terre. Elle a eu peur et elle s'est mise à crier. Il s'est éloigné.

Un autre soir, sur la route de Beaumont, elle a voulu dépasser un grand chariot de foin qui roulait lentement. En passant tout près des roues, elle a reconnu Théodore.

Il s'est approché d'elle d'un air tranquille. Il a dit qu'il fallait tout pardonner, puisque c'était « la faute de la boisson ».

Elle n'a pas su quoi répondre, et elle avait envie de s'enfuir.

Tout de suite, il a parlé des récoltes et des gens importants de la commune. En effet, son père avait quitté Colleville pour la ferme des Écots. Donc, maintenant, ils étaient voisins.

« Ah ! » a-t-elle dit.

Il a ajouté que sa famille voulait le marier. D'ailleurs, il n'était pas pressé. Il attendait une femme à son goût. Elle a baissé la tête. Alors il lui a demandé si elle pensait au mariage. Elle a répondu, en souriant, que c'était mal de se moquer.

Words explained in this excerpt (8)
les halles
grand marché couvert de la ville.
brider
mettre à un cheval les lanières de cuir qui servent à le conduire.
la gouache
sorte de peinture à l'eau, épaisse.
la bûche
gros morceau de bois qu'on brûle dans le feu.
économe
qui dépense peu et ne gâche rien.
l'assemblée
fête de village avec musique et danse.
priser
respirer du tabac en poudre par le nez.
la galette
gâteau rond et plat.

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